Cro Magnon

Après des années d'oubli, un musée est consacré au site où furent découverts en 1868 les premiers « Homo sapiens ».

Certains clichés sur les hommes préhistoriques ont la vie dure, et il est parfois difficile de les ébranler. «Il faut arrêter de voir l'homme de Cro-Magnon comme une brute portant des peaux de bêtes, avec des mœurs rustres et poussant des grognements pour communiquer», défend Estelle Bougard, préhistorienne et conseillère scientifique de l'Abri Cro-Magnon, nouveau site muséologique qui vient d'ouvrir dans le village des Eyzies-de-Tayac en Dordogne. «En fait Cro-Magnon, c'est déjà nous, l'homme moderne, dans un contexte différent il y a 28.000 ans, poursuit l'historienne. Il avait un langage et des relations sociales comme nous.»

Et pour défendre l'image du plus célèbre des hommes préhistoriques, aucun site n'est plus adapté que l'abri de Cro-Magnon, où il fut découvert en 1868 et dont il tire son nom. Un petit surplomb rocheux en bas d'une falaise de calcaire en bordure de la vallée de la Vézère. Cet emplacement n'est en lui-même pas très impressionnant, et n'a pas l'intérêt artistique des grottes ornées de la région, comme Lascaux pour ne citer que la plus célèbre. «Mais c'est surtout un lieu hautement symbolique, où la découverte en 1868 d'une sépulture avec des restes humains très anciens a révolutionné à tout jamais notre vision de l'histoire de l'humanité», raconte Brigitte Delluc, célèbre préhistorienne désormais à la retraite, qui est, avec son mari, Gilles, l'une des meilleurs spécialistes de Cro-Magnon.

En 1868, les thèses alors récentes de Darwin sur l'évolution des espèces étaient encore loin de faire l'unanimité. Le fait que des ossements d'hommes modernes ont été retrouvés à côté de restes d'animaux disparus, a été une véritable révolution, qui a lancé le concept même de la préhistoire.

En 1868, les thèses alors récentes de Darwin sur l'évolution des espèces étaient encore loin de faire l'unanimité. Le fait que des ossements d'hommes modernes ont été retrouvés à côté de restes d'animaux disparus, a été une véritable révolution, qui a lancé le concept même de la préhistoire.

«Quand je faisais ma thèse et faisais des fouilles à l'abri Pataud aux Eyzies, je venais souvent me recueillir devant l'abri Cro-Magnon, et c'était pour moi un sentiment très fort de me tenir là où tout a commencé», témoigne un ancien préhistorien. Le classement du site au patrimoine mondial de l'Unesco a sanctionné son intérêt historique, mais pendant des années aucun aménagement n'est venu le mettre en valeur. L'abri a même longtemps servi d'arrière-cour pour la maison la plus proche… En voyant que les trois maisons situées juste devant l'abri étaient en vente au même moment, Jean-Max Touron, déjà propriétaire de cinq autres sites préhistoriques ouverts au public dans la région, les a achetées et a investi 700.000 euros pour créer le musée de l'Abri Cro-Magnon.

«La question qu'on s'est posée dès le départ fut, comment faire revivre un lieu où il n'y a finalement pas grand-chose à voir mais beaucoup à raconter,» raconte Estelle Bougard. Grâce à une muséographie moderne, des panneaux explicatifs et des reconstitutions d'époque, ainsi qu'un film produit spécifiquement pour le musée mettent en scène la vie d'une famille Cro-Magnon dans la vallée de la Vézère. Après ce parcours, les visiteurs sortent du musée et se retrouvent face à face avec le petit surplomb rocheux, dont la symbolique prend alors tout son sens.

Cyrille Vanlerberghe (Le Figaro du 6 juin 2014)

 

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